Le faussement connu Frédéric Mitterrand raconte sa vie ? Pas vraiment, Il parle à cœur ouvert de sa vie intérieure, ce qui est très différent. Livre dense, bien écrit – par la précision des mots, le choix juste du ton et de l’angle pudique avec lequel le pire d’une existence est abordé (l’abandon de soi-même « aux plus faciles des solutions faciles », disait Rilke), et pourtant écrit avec l’élégance d’une forme de détachement, comme s’il fallait se dépêcher de faire des images aiguës ou pénibles des poncifs d’évidences, de les en envelopper, par peur de quoi ? Que « la mauvaise vie » ne vous rattrape ?
Un homme, à presque la soixantaine, laisse parler sa nostalgie de l’amour vrai, d’une autre vie, qu’il aurait souhaitée meilleure, comme tout un chacun, d’une existence douce et capable de bonheur - , et raconte (non, il écrit pour dire) que la vie qu’il a menée jusqu’à aujourd’hui est très loin de ce que l’on (le public) aurait pu imaginer de lui, l’homme brillant souvent, dans certaines de ses magnifiques émissions sur des personnalités historiques ou artistiques profondes, attachantes et le plus souvent célèbres. Qui a su regarder et écouter ces émissions savait à quoi s’en tenir question nostalgie, tristesses soudaines, larmes retenues et tutti quanti.
Ce récit étonne, par la grâce et l’aisance, plus on avance, de l’écriture – c’est très pur de toute fausse connivence, de snobisme – cette vulgarité des parvenus – et de toute excessive indulgence envers soi-même. Bon, c’est vrai, il y a bien quelques lettres essentielles auxquelles il n’a pas répondu… A lire ces pages émouvantes et souvent belles de toute leur tristesse, on refuse d’aller vite, accordant à sa lecture la tendresse, la compassion, le regard de douceur que l’auteur mérite, pour avoir eu le courage de la sincérité et la noblesse de cet aveu en forme de confession, de concerto pour regrets et sourire mélancolique.
Et pourquoi ne pas l’avouer ? Comme on regrette la part d’amour qu’il n’a pas eue – comme les astrologues de l’Antiquité parlaient de part de fortune. Car ce qui n’eut pas d’écho dans son destin, jusqu’à aujourd’hui, c’est la demande d’amour, la délicatesse de sentiments, la qualité des émotions – cette qualité qui le tient comme intouché au milieu des fanges insoupçonnées. Tout cela fait un vrai livre, qui lui donnera l’amour de ses lecteurs. Et comme dans la chanson de Barbara, il pourra fredonner « ma plus belle histoire d’amour, c’est vous… ».
O.A.
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