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lectures

Les Mouches d'Automne (2005) [ Irène Némirovsky  
Editeur : Grasset
Prix : 7,10 €
Collection : Les Cahiers Rouges
Par : Olympia Alberti
NOSTALGIQUE RUSSIE



Il est douloureux de se dire que la Milice française a aidé la Gestapo pour faire arrêter Irène Némirovsky et l’envoyer à Auschwitz où elle meurt en 1942. Pour ressentir au fond de soi ce que sont les exils, les obligations de fuir sa terre natale (la Russie), de vivre en attente (de quelle fallacieuse libération ?) et en transit temporaire loin de chez soi, il faut lire "Les Mouches d’automne", où l’on éprouve ce que depuis Tolstoï, Tourgueniev et Dostoïevski, on nomme, en France, « l’atmosphère russe », la nostalgie.
Cette mélancolie étrange liée au pressentiment de la fin d’un monde, Tatiana Ivanovna la porte en elle, dans chacun de ses gestes d’oblation : elle ne sert pas seulement ses maîtres, les Karine, comme une nourrice dévouée, une âme sans défaillance, elle est aussi la mémoire pérenne, la prière, la remise de soi dans les mains divines. Cette femme d’humilité et de don de soi représente parfaitement l’icône de la sainte Russie, la conscience que tout nous est repris, par une volonté supérieure qui n’a strictement rien d’historique – l’Histoire n’étant là que la passeuse de fleuves, le canal visible de ce qui nous échappe encore, myopes que nous sommes…
La Révolution russe chasse les Karine de leur domaine, ils fuient jusqu’à Odessa, puis, de lieu d’exil en échappée provisoire, arrivent à Paris, dans un petit appartement sombre et triste du quartier des Ternes. Hélène Vassilievna non plus ne se remet pas de ces pans de mémoire à porter en solitude, pas plus que son époux, Nicolas Alexandrovitch. Youri a été assassiné devant Tatiana, sa nounou, qui a pensé à emporter quelques biens, cachés dans l’ourlet de sa vieille jupe, qui a fermé la maison, mais qui cherche des raisons impossibles à tant de déraisons et de malheur.
Tatiana prie, et attend la neige, qui ne viendra pas. « Les hivers d’ici ne ressemblent pas aux nôtres », lui dit Nicolas. Elle a du mal à comprendre. Alors elle marchera, croyant retrouver la neige de sa Russie natale sur la lumière de décembre qui blanchit la Seine endormie sous la brume. Irène Némirovsky a une écriture subtile, d’une grande efficacité. Le roman qu’elle écrivait quand elle a été envoyée à Auschwitz, "Suite Française", a reçu, à titre posthume, le prix Renaudot à l’automne dernier.
On pense à Tchékhov en lisant "Les Mouches d’Automne", cette longue nouvelle romanesque, où de touche subtile en soupir, de non-dit effleuré en murmures échappés, on entrevoit le courage qu’il faut pour survivre à « un monde perdu », et un mot vient aux lèvres : le respect.
OA

A lire, toujours d’Irène Némirovsky : Suite Française (Albin Michel, Prix Renaudot), David Golder, L’Affaire Courilof, Le Bal (Grasset) et Les Biens de ce monde.

Secteur : Roman et récit
Public : Tout public
  
 
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