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lectures

L’écharde du silence [ Frédérique Martin  
Editeur : Le Rocher
Prix : 16 €
Par : Olympia Alberti
LES SILENCES DE L’ÂME

Les nouvelles de Frédérique Martin sont un cadeau : elles sont écrites. La lauréate du Prix Prométhée ne nous raconte pas des histoires, non, elle les écrit : pas de décor historique, de sequins, de dentelles, pas de voyages dans le temps ou l’espace, non plus que d’intrigue au sens énigmatique mais une certaine rétention du sens pour mieux tenir l’attention dans les zones subtiles d’une piste : c’est ainsi que l’érotique du texte fait se dévoiler lentement les choses. Malgré l’habitude, j’éprouvais un infime soubresaut à sa vue, une espère de petit heurt, loin dans le cœur. Cette étreinte légèrement exténuante d’un désarroi inattendu. Frédérique Martin fait s’ouvrir les petits faits de chaque jour dans leur profondeur et lever de l’opacité première des soupçons d’autre chose – et je pense à A titre posthume, à Comme si je t’avais faite mais surtout à Paranoïa.
Cette écriture attentive qui veut aller dedans, elle appuie là où ça fait mal, sur les silences de la paresse, de l’indifférence à soi et aux autres, sur les trop silencieux égoïsmes du quotidien – ce qu’elle nomme la cruauté de la vie. Cruel, notre monde ? Même pas : la cruauté demande plus que du talent inutile, que de la méchanceté crasseuse, et amputé de sa lumière, plus qu’un reste rance de petite conscience acide - juste écœurant de banalité.

LA HAINE, CET AMOUR SANS EMPLOI

N'est pas Borgia qui veut. Au cœur de ces nouvelles, notre époque est montrée nue, folle, ivre de ses manques, et d’intolérante indifférence, de saccage et de bêtise. Je m’étais enivrée de quelques écorchures vite cicatrisées, que dans l’enthousiasme j’appelais des chagrins. Je me sentais forte de les avoir surmontés. Je tenais des propos définitifs de fin de soirée.
Un livre d’amour qui commence par je le hais , cela étonne et détone. Mais quoi, vous ne savez pas que la haine est de l’amour sans emploi ? Frédérique Martin le sait, qui accompagne de mots pudiques un lecteur improbable autant qu’assidu, un inconnu dans un supermarché ou un névrosé paralysé d’angoisse devant une porte, pour nous dire que l’autre existe, et qu’il aimerait vivre aussi, pas seulement sur le bord gris du monde, poussière : Chez nous on chante parce que la joie étouffe la faim . Tout nous porte à penser que notre nouvelliste écrit par amour – qui est la seule source de l’écriture.
Secteur : Roman et récit
Public : Tout public
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