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Lettres d'amour et de science (1993) [ Albert Einstein  
Editeur : Seuil
Prix : 15 €
ISBN : 2-02-019467-8
Par : Hervé BONEIN
UN AMOUR DE JEUNESSE

Lettres d’amour et de science
Albert Einstein et Mileva Maric


Quelle peut être la plus grande difficulté rencontrée par un génie ? Une réponse nous est apportée par ces lettres d’amour et de sciences écrites entre Albert Einstein et Mileva Maric, sa première épouse. La difficulté est d’arriver à mettre le même génie dans son travail et dans sa vie privée, à trouver le même niveau d’excitation dans le cadre de ses recherches et dans son couple.
Ces lettres et l’histoire d’Albert montreront que dans ce dernier domaine, il n’aura pas brillé et sa relation avec Mileva sera pour elle décevante. La correspondance publiée regroupe une partie des lettres d’amour qu’ils s’échangèrent entre 1897 et 1903 juste un peu avant leur mariage.
Tout semblait pourtant commencer sous les meilleurs auspices. Albert était le fils d’une famille juive d’industriels dans l’électricité qui vivait alors à Milan. Son éducation fut bourgeoise, aisée et favorable à des études. Elle s’effectua dans plusieurs pays d’Europe : l’Allemagne où il naquit, puis l'Italie en partie. Son adolescence se termina en Suisse, époque où il rencontra Milena. Plus que précoce, Albert s’intéressa de manière passionnée et cela dès l’âge de dix ans aux sciences. Sa force et son génie trouvèrent leurs sources dans une incroyable capacité à lire aussi jeune la plupart des traités de physique et de mathématiques de référence pour les critiquer et en extraire les éléments fondamentaux. Il les corrèle, les confronte pour arriver à l’année miraculeuse de 1905 où à vingt-six ans, il publie dans une revue allemande les quatre articles principaux des trois théories fondamentales qui vont bouleverser la science moderne : la relativité, la mécanique quantique et le mouvement brownien. Du côté de Milena, un avenir radieux se préparait. Son père était un riche fonctionnaire Hongrois et elle était la seule femme à faire des études à l’Ecole Polytechnique Fédérale Suisse de Zurich dans une classe différente de celle d’Albert. C’est dans cette école que se fit leur rencontre.
Alors pourquoi leur relation a-t-elle échoué ? Pourquoi, à l’instar de ses consoeurs de l’Est, d’une Elsa Triolet avec Aragon, d’une Olga Koklova avec Picasso ou d’une Gala avec Dali, Mileva n’a-t-elle pas été l’égale d’Albert ? Peut être Albert ne le voulait-il pas vraiment... Mileva était une femme brillante pour l’époque et c’est pourquoi elle avait séduit Albert, mais peut être n’était-elle pas assez brillante. La preuve est que dans la biographie d’Albert, l’existence de Milena n’apparaît nulle part et ce n’est qu’en 1987 qu’on apprit son existence. Si Albert était précoce, affectivement, il restait un adolescent. Sa relation amoureuse l’a "enfermé". Tout d’abord, la famille d’Albert ne voulait pas de cette relation. La mère d’Albert en particulier ne souffrait pas Mileva. De plus, en 1901, ils eurent assez vite une enfant qu’ils abandonnèrent à une parente de Mileva. Cette naissance hors mariage mettait sous le sceau de l’infamie cette relation dans une Suisse par trop puritaine et compromettait tout chance pour Albert de trouver du travail. C’est effectivement ce qui se passa et toutes les possibilités d’emploi se fermèrent à lui. Il dut se rabattre sur des cours particuliers. Cette situation mit dans une assez grande précarité le couple qui ne recevait pas spécialement d’aide de la part des deux familles. Cela d’autant plus qu’Albert avait l’outrecuidance d’interpeller ses professeurs pour leur montrer leurs erreurs : il subit les foudres de nombre d’entre eux. Albert, trop jeune pour être adulte, s’enlisa dans sa relation avec Mileva. Elle avait besoin d’un mari et elle se retrouvait avec un étudiant génial et surdoué mais adolescent. La lecture de ses lettres ne montre pas un amour passionné pour Mileva. Ses propos sont souvent enfantins. On le sent plus à la recherche d’une complicité, de tendresse que d’un amour fiévreux. Il aime parler et partager ses découvertes avec elle. Il aime et réclame sa présence mais de là à vivre une vie de père et de chargé de famille, c’est une autre affaire à laquelle il n’est pas prêt de sacrifier. D’ailleurs, il n’arrive pas à sortir de l’influence de sa mère. Son travail et ses recherches monopolisent son esprit et son temps. Esseulée et aimante, Mileva vit aussi sa relation comme une forme d’enfermement anxiogène. Elle n’arrivera pas à avoir son diplôme d’autant plus qu’elle se trouvait dans des classes uniquement composées d’hommes. Elle souffrira aussi de la séparation d’avec sa première fille et se sentira rejetée par sa belle famille.

Ces lettres témoignent d’un amour dans lequel l’investissement n’est pas le même. Mileva se sacrifie et s’abîme dans cette relation alors qu’Albert est cette étoile que personne ne peut rattraper. Albert essaie de jouer le rôle du patriarche mais ce n’est qu’un rôle qu’il interprète bien mal et sans réelle conviction. La correspondance qui est présentée est partielle surtout concernant les lettres de Mélina, qu' Albert ne conserva qu’en partie. Nous y voyons émerger et cheminer la pensée d’un génie qui révolutionnera son époque. Elle nous montre un esprit qui cherche et qui se cherche. N’oublions pas sa grande jeunesse. Maladroit et pataud en amour, il est un génie sui se révèle. Albert fit-il ou non le deuil de l’amour, de la vie privée, de la famille ? Ses mariages ratés n’expriment-ils pas un besoin de conformisme qu’Albert rejetait mais dans lequel il vivait pourtant ainsi qu’une focalisation de sa vie sur ses recherches pour le bienfait du monde et de la science ?
Secteur : Sciencérature
Public : Tout public
  
 
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